Le FOMO crypto (de l’anglais « fear of missing out », la peur de rater une occasion) est l’envie d’acheter une cryptomonnaie parce que son prix monte vite et que tout le monde semble y gagner. C’est l’une des émotions les plus courantes de la psychologie du trading, avec la peur de perdre, l’avidité et l’excès de confiance. Ces réactions sont bien étudiées, et quelques habitudes simples permettent d’en réduire le coût.
En bref
- La psychologie du trading décrit la façon dont les émotions et les biais modifient vos décisions dès qu’il y a de l’argent en jeu.
- Le FOMO crypto, la peur de perdre, l’avidité et l’excès de confiance sont les pièges les plus fréquents, et ils apparaissent souvent ensemble après un mouvement brutal des prix.
- Les études sur les investisseurs particuliers relient les échanges très fréquents à de moins bons résultats après frais : faire plus ne veut pas dire faire mieux.
- Des règles écrites avant d’entrer en position, comme la taille, le stop loss et une limite quotidienne, retirent beaucoup de décisions du feu de l’action.
- Aucune habitude n’élimine les pertes : les cryptomonnaies sont volatiles, les trades perdants sont normaux et vous ne devez engager que de l’argent que vous pouvez vous permettre de perdre.

Dans cet article · 11 min de lecture
Le FOMO crypto et la psychologie du trading, en une phrase
La psychologie du trading étudie la façon dont les émotions et les habitudes de pensée influencent les décisions de trading, et le FOMO crypto en est l’illustration la plus visible. Les autorités le disent dans leurs guides pour les épargnants. L’AMF (Autorité des marchés financiers) range l’aversion à la perte et le comportement moutonnier parmi les principaux biais comportementaux dans son guide pour mieux connaître ses réactions, publié le 14 juin 2022, et précise que le meilleur moyen de corriger ces réactions est d’en avoir conscience.
Le régulateur CNMV (Comisión Nacional del Mercado de Valores) va dans le même sens dans son guide de psychologie économique (en espagnol) : beaucoup de décisions financières sont émotionnelles, dominées par l’anxiété, la peur de la perte, l’excès d’optimisme ou la surexcitation. Les biais ne disparaissent pas, mais ils peuvent être largement atténués.
L’idée a une racine académique. Dans leur article de 1979 sur la théorie des perspectives, les psychologues Daniel Kahneman et Amos Tversky ont montré qu’on ne pèse pas les gains et les pertes de la même façon : une perte fait en général plus mal qu’un gain équivalent ne fait plaisir. C’est l’aversion à la perte, qui explique une grande partie de ce que font les traders sous stress.

Les émotions qui font bouger les trades
La plupart des traders rencontrent les mêmes réactions. Leur donner un nom aide à les repérer.
- Le FOMO (peur de rater). L’envie d’acheter parce que le prix grimpe et que tout le monde semble gagner de l’argent. En crypto, les réseaux sociaux l’amplifient : un mouvement rapide est partagé en quelques minutes.
- La peur de perdre. L’envie de vendre à la première baisse, souvent juste avant un rebond, ou d’éviter un trade que votre plan prévoyait.
- L’aversion à la perte en action. Garder une position perdante trop longtemps dans l’espoir qu’elle remonte, parce que la clôturer rendrait la perte réelle. Le guide de la CNMV note que cela peut conduire à conserver un placement qui a très peu de chances de se redresser.
- L’avidité. Laisser un trade gagnant ouvert au-delà de votre plan, ou y ajouter de l’argent, parce que le mouvement paraît ne jamais devoir finir.
- L’excès de confiance. La tendance à surestimer ses connaissances et son jugement. La CNMV décrit l’investisseur trop confiant comme quelqu’un qui sous-estime les risques et surestime les gains attendus.
- Le revenge trading (trading de vengeance). Retrader juste après une perte, avec une taille plus grande, pour récupérer l’argent.
- Le comportement moutonnier. Copier ce que fait la foule parce que c’est plus rassurant que de réfléchir seul.
Le FOMO est aussi un outil de vente
Le FOMO ne naît pas toujours tout seul : il est parfois utilisé à dessein. Le régulateur BaFin explique sur sa page consacrée aux memecoins (en allemand) que certaines offres donnent la fausse impression qu’il faut réagir vite sous peine de manquer les gains promis, dans le but de pousser à agir dans la précipitation plutôt qu’à vérifier l’ampleur et la probabilité des risques. Si un message vous demande de décider en quelques minutes, cette pression est déjà un signal d’alerte.
La psychologie du trading en chiffres
Les émotions se mesurent mal, mais leurs effets se mesurent. Trois références méritent d’être connues.
Dans une étude célèbre, les économistes Brad Barber et Terrance Odean ont suivi les comptes d’actions de plus de 60 000 foyers d’un grand courtier à bas coûts, de février 1991 à décembre 1996. Dans leur article, paru dans le Journal of Finance en 2000, le foyer moyen renouvelait environ 80 % de son portefeuille par an et gagnait 17,7 % annualisés avant frais de transaction, contre 17,1 % pour l’indice de marché. Après frais, le foyer moyen gagnait 15,3 %, et les 20 % de foyers qui échangeaient le plus gagnaient 10,0 %. Les auteurs rattachent les mauvais résultats des traders fréquents à l’excès de confiance. Les données datent des années 1990, quand les frais étaient plus élevés qu’aujourd’hui : lisez ces chiffres comme l’illustration d’un mécanisme, pas comme une prévision.

Une deuxième étude porte sur ceux qui tentent de vivre du day trading. Fernando Chague, Rodrigo De-Losso et Bruno Giovannetti ont observé toutes les personnes qui ont commencé à faire du day trading sur un grand marché de contrats à terme sur actions entre 2013 et 2015. Dans leur document de travail (en anglais), ils indiquent que, parmi ceux qui ont persévéré au moins 300 jours, 97 % ont perdu de l’argent et seulement 0,4 % ont gagné plus qu’un employé de banque (54 dollars par jour). Ils ne trouvent aucune preuve d’apprentissage par la pratique. Ce résultat concerne les day traders persévérants d’un marché, pas toutes les personnes ayant déjà tradé.
Une troisième référence concerne les produits à effet de levier. Dans son étude du 13 octobre 2014, l’AMF a constaté que plus de 89 % des clients particuliers actifs sur les CFD (contrats financiers avec paiement d’un différentiel, des contrats à effet de levier sur le prix d’un actif) et sur le Forex avaient perdu de l’argent sur quatre ans. Notre guide sur l’effet de levier en trading explique pourquoi le levier rend chaque erreur émotionnelle plus coûteuse.
Le point de vue de John Bax
Dans Investisseur Paresseux, Investisseur Malin, John Bax décrit heure par heure la mauvaise journée d’un day trader. À 6 h, les forums et les prétendus gourous remplissent la tête de « tuyaux ». À 9 h 30, le premier trade chute : le trader panique et vend juste avant un rebond. À midi, pas de déjeuner, de peur de rater une opération. À 14 h, il double la mise pour récupérer les pertes du matin, et à 16 h viennent l’épuisement et le regret. Il écrit aussi que la peur peut vous faire sortir trop tôt d’un trade et que l’avidité peut vous faire garder un trade gagnant trop longtemps, jusqu’à ce que le gain s’évapore. Pour lui, le stress du trading rapide joue contre celui qui le pratique, et c’est pourquoi il présente des alternatives plus paresseuses et fondées sur des règles.
Finance comportementale et rôle de la psychologie (cours de Yale) (en anglais)
Comment bâtir sa discipline, étape par étape
La discipline n’est pas de la volonté. C’est un ensemble de règles écrites à froid, pour ne pas avoir à les inventer sous stress.
- Écrivez un plan avant le trade. Notez pourquoi vous entrez, où vous sortez si vous vous trompez et où vous prenez vos gains. Si vous ne pouvez pas l’écrire en trois lignes, l’idée n’est pas prête.
- Décidez d’abord de la taille. Choisissez la perte que vous acceptez avant de regarder le gain possible. Notre article sur la gestion du risque en trading montre comment dimensionner une position.
- Placez le stop loss dès le départ. Un stop loss est un ordre qui clôture la position si le prix atteint un niveau choisi à l’avance. Le fixer avant le trade, et ne pas l’éloigner quand le prix approche, retire une décision émotionnelle de votre journée. Voyez comment placer un stop loss.
- Fixez une limite quotidienne. Un nombre maximal de trades et une perte maximale par jour vous donnent une raison d’arrêter qui ne dépend pas de votre humeur.
- Faites une pause après une perte. Une règle simple, comme aucun nouveau trade pendant une heure après un stop touché, rend le revenge trading moins probable.
- Tenez un journal. Notez l’entrée, la sortie, la raison et ce que vous ressentiez. Après quelques semaines, des habitudes apparaissent : l’heure où vous tradez trop, l’actualité qui vous fait courir après le prix.
- Vérifiez l’origine de vos idées. Demandez-vous qui gagne si vous agissez maintenant. Méfiez-vous des tuyaux, des comptes à rebours et des promesses ; la CNMV cite d’ailleurs la preuve sociale et l’autorité parmi les biais qui influencent les décisions.
- Utilisez de l’argent que vous pouvez vous permettre de perdre. La pression baisse quand la somme est assez petite pour qu’une perte ne change pas votre vie.
Liste de contrôle avant chaque trade
- J’ai écrit la raison, le stop et la taille avant d’entrer.
- Je n’achète pas seulement parce que le prix a déjà bondi.
- Je ne trade pas pour récupérer une perte précédente.
- Je connais la perte maximale de la journée et je m’arrêterai là.
- J’ai vérifié qui promeut cette idée, et pourquoi.
- L’argent engagé est de l’argent que je peux me permettre de perdre.
Où se place un bot
D’après notre expérience, le plus difficile en trading est rarement de trouver une idée : c’est de suivre ses propres règles quand le prix va contre soi. C’est l’argument en faveur de l’automatisation, et aussi sa limite. Un bot applique les mêmes règles à toute heure, sans fatigue ni peur, mais il ne supprime pas le risque, et une mauvaise règle est simplement appliquée plus vite.
Crypto Go Bot, que nous avons conçu, fonctionne sur votre propre serveur et trade sur votre propre compte Kraken via une API de trading Futures (interface de programmation, la clé d’accès qui permet à un logiciel de passer des ordres) que vous créez. Son take profit et son stop loss sont de vrais ordres placés sur Kraken, et le bot ne peut pas retirer vos fonds. Cela reste du trading de futures : les trades perdants sont normaux, la volatilité et l’effet de levier demeurent, et aucun réglage n’exclut les pertes. Vous pouvez lire son fonctionnement dans notre présentation du bot de trading crypto.
À qui cela s’adresse
La psychologie du trading concerne toute personne qui prend des décisions avec de l’argent en jeu, qu’elle trade chaque jour ou de temps en temps.
- Débutant qui a acheté après une grosse hausse : apprendre à reconnaître le FOMO, et à attendre sa propre règle d’entrée plutôt que l’enthousiasme de la foule, évite d’acheter au moment de plus forte euphorie.
- Trader actif qui en fait trop : une limite quotidienne et un journal montrent quelle part de votre activité vient de l’ennui ou de l’envie de récupérer une perte, pour pouvoir la réduire.
- Épargnant de long terme tenté par l’actualité : écrire un plan et une date de révision aide à résister à la vente par panique ou à l’achat précipité, tant que l’argent peut rester placé pendant la durée prévue.
- Personne qui préfère les règles aux écrans : automatiser une partie du processus, avec une petite somme au départ, convient à celles et ceux qui acceptent que des pertes arrivent et veulent une charge émotionnelle quotidienne plus légère.
Les termes clés
- FOMO: la peur de rater un gain que d’autres semblent réaliser, qui pousse à acheter trop tard.
- Aversion à la perte: la tendance à ressentir une perte plus fortement qu’un gain équivalent.
- Excès de confiance: l’habitude de surestimer ses connaissances et sa capacité à prévoir le marché.
- Revenge trading: retrader, souvent avec une taille plus grande, juste après une perte pour récupérer l’argent.
- Journal de trading: un registre écrit de chaque trade, de sa raison, de son résultat et des émotions qui l’entourent.
- Stop loss: un ordre qui clôture une position quand le prix atteint un niveau choisi à l’avance, pour limiter la perte.
Questions fréquentes
Qu’est-ce que le FOMO crypto ?
Le FOMO crypto est la peur de rater une occasion sur les cryptomonnaies. C’est l’envie d’acheter parce que le prix monte vite et que d’autres semblent y gagner, ce qui conduit souvent à entrer tard et sans plan.
Qu’est-ce que la psychologie du trading ?
C’est la façon dont les émotions et les habitudes de pensée influencent les décisions de trading. Elle recouvre des émotions comme le FOMO, la peur et l’avidité, et des biais comme l’excès de confiance et l’aversion à la perte.
Pourquoi la plupart des traders perdent-ils de l’argent ?
Les causes sont multiples : frais, effet de levier, manque d’expérience, et les émotions y contribuent. Les études sur les investisseurs particuliers relient les échanges très fréquents à de moins bons résultats après frais, et les régulateurs constatent que beaucoup de comptes de particuliers perdent de l’argent sur les produits à effet de levier.
Comment maîtriser ses émotions en trading ?
On ne peut pas les supprimer, mais on peut réduire leur effet avec des règles écrites à l’avance : un plan, une taille de position fixe, un stop loss, une limite quotidienne et un journal. Une pause après une perte aide aussi.
Qu’est-ce que le revenge trading ?
C’est le fait de retrader juste après une perte, souvent avec une taille plus grande, pour récupérer l’argent vite. Il a tendance à transformer une perte en plusieurs, d’où l’intérêt d’une règle de pause.
Un bot de trading peut-il supprimer les émotions ?
Un bot suit ses règles sans peur ni excitation, ce qui retire la réaction émotionnelle sur le moment. Il ne supprime ni le risque de marché ni celui d’une mauvaise règle : commencez avec une petite somme.
Sources
- Wikipédia, Finance comportementale
- Wikipédia, Aversion à la perte
- AMF, Mieux connaître ses réactions pour mieux investir : comprendre les biais comportementaux, 14 juin 2022
- AMF, Étude des résultats des investisseurs particuliers sur le trading de CFD et de Forex en France, 13 octobre 2014
- Kahneman, D. et Tversky, A., Prospect Theory: An Analysis of Decision under Risk, Econometrica, 1979 (en anglais)
- Barber, B. et Odean, T., The Common Stock Investment Performance of Individual Investors, Journal of Finance, 2000 (en anglais)
- Chague, F., De-Losso, R. et Giovannetti, B., Day Trading for a Living?, document de travail, FGV EESP (en anglais)
- CNMV, Psicología económica para inversores (en espagnol)
- BaFin, Memecoins (en allemand)



